Vieille Bacchante

Vieille Bacchante est une œuvre exceptionnelle dans la carrière d’Antoine Bourdelle. Enivrée, cette prêtresse de Bacchus, dieu du vin, se livre à une danse étrange. Son corps massif dessine une torsade et bascule sous le poids des branches de vigne. Bourdelle évoque dans une leçon à ses élèves de 1910 sa « lourde bacchante ivre de grappes » et joue sur l’analogie féconde entre terre et chair, pétries entre ses mains : « j’ai pris dans ma main un peu de ta chair frémissante, ôtée de ton flanc […] je la pétris, impatient, je la mêle à la nuit, je la mêle à mon songe ». En effet, le traitement de la chair est saisissant et inhabituel. La lourde poitrine s’affaisse sur un ventre tout en plis et replis, formant de larges bourrelets. La chair de ses bras devient, sous la main du sculpteur, un magma pâteux, véritable célébration de l’informe. 

Bourdelle a travaillé à partir d’un modèle vivant qui, selon l’anecdote rapportée par sa fille Rhodia, aurait claqué la porte de l’atelier en voyant le résultat. La sculpture a sans doute également été inspirée par une photographie d’Hippolyte Arnoux que possédait Bourdelle, d’une femme, qualifiée de « Nourrice du Négus d’Abyssinie ». De nombreuses images coloniales, en lien avec les expositions de l’époque, diffusent ce type d’iconographie pseudo-ethnographique où des corps sont exhibés à moitié nus pour souligner des particularités physiques, comme ici l’hypertrophie de la poitrine. Que Bourdelle se soit inspiré de cette image pour sa bacchante semble plausible.



Suite du parcours "Nouveaux regards"

Suivez l’actualité du musée Bourdelle

Abonnez-vous à notre newsletter

Je m’abonne