Marteau de porte – tête de Méduse
La Gorgone Méduse, créature monstrueuse aux cheveux de serpents, pétrifie les humains qui ont le malheur de croiser son regard. Selon Les Métamorphoses d’Ovide, Méduse aurait été violée par le dieu Poséidon dans le temple de la déesse Athéna. Ce personnage mythique est dès lors perçu comme une victime d’un destin tragique, réduite à détruire les hommes par vengeance, d’un simple regard. Cette figure hybride de la femme-serpent devient emblématique d’un éternel féminin amoral, ramené sans cesse à son origine animale. À partir du 19e siècle, à la Gorgone terrible se substitue le type de la « belle Méduse » au visage envoûtant, avatar de la « femme fatale » qui cause la perte des hommes. Au début du 20e siècle, la lecture du mythe à la lumière des travaux du psychanalyste Sigmund Freud associe la frayeur de la figure décapitée à la crainte masculine de la castration.
À vocation décorative, le marteau de porte de Bourdelle propose une Méduse belle et apaisée. Loin des dessins noirs de sa jeunesse – dans lesquels la tête de Méduse, édentée et ridée, est une vision d’horreur –, elle présente ici un visage doux et une longue natte qui constitue la poignée d’un heurtoir à saisir. Méduse a les yeux clos. Méduse ne rit pas. Elle est morte. Renversement symbolique : celle qui pétrifiait ceux qui croisaient son regard est désormais à son tour pétrifiée dans l’airain. Il n’y a plus rien à craindre d’elle ; faut-il y voir un monstre rendu inoffensif par la décapitation ? Rejouer le geste violent de Persée en serrant le nid de serpents lorsqu’il s’agit de manier le marteau ? Une autre hypothèse serait de lire, dans ce visage assagi, une dimension protectrice. Comme les marteaux de porte de l’époque romaine, le heurtoir peut désormais se comprendre comme une figure apotropaïque, destinée à protéger le foyer.
Suite du parcours "Nouveaux regards"
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