Exposition en cours
Magdalena Abakanowicz, La trame de l'existence
Du 20 novembre 2025 au 12 avril 2026
Tarif plein : 12€
Tarif réduit : 10€
Artiste polonaise pionnière dans la sculpture contemporaine et dans l'art textile, Magdalena Abakanowicz (1930-2017) a réalisé des œuvres puissantes, politiques et monumentales malgré la censure du régime communiste polonais. Après la Tate Modern à Londres en 2023, le musée Bourdelle présente la première grande exposition dédiée à l’artiste en France du 20 novembre 2025 au 12 avril 2026.
Artiste majeure de la scène polonaise du 20e siècle, Magdalena Abakanowicz (1930-2017) a connu dès son plus jeune âge la guerre, la censure et les privations instaurées par le régime communiste. Inspirée par le monde organique, par la sérialité et la monumentalité, sa création possède une puissance et une présence indéniables, en résonance avec les problématiques contemporaines – environnementales, humanistes, féministes.
Radicale et pionnière, l’œuvre d’Abakanowicz a été régulièrement exposée à l’étranger, des États-Unis au Japon en passant par l’Europe, et plus récemment à la Tate Modern de Londres et au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Le musée Bourdelle présente la première grande exposition dédiée à l’artiste en France, offrant des clés de lecture biographiques et politiques à travers un parcours chrono-thématique de 70 ensembles – 33 installations sculptées, 10 œuvres textiles, dessins et photographies. Dans les 600m² de l’aile Portzamparc, dont les murs de béton ont été rénovés pour l’occasion, l’exposition met l’accent sur sa production sculpturale monumentale, afin de redonner à l’artiste sa place parmi les grands sculpteurs du 20e siècle.
Le sous-titre de l'exposition, "la trame de l'existence", associe deux termes employés par l'artiste pour définir son œuvre. Elle considérait le tissu comme l’organisme élémentaire du corps humain, marqué par les aléas de son destin.
« Je considère la fibre comme […] le plus grand mystère de notre environnement. C’est à partir de la fibre que sont construits tous les organismes
vivants, les tissus des plantes, des feuilles et de nous-mêmes. »
Introduction
Dans le couloir de l'aile Portzamparc, la première partie donne un aperçu de l’ampleur de la production de Magdalena Abakanowicz : pièces textiles des débuts, sculptures de petits formats (souvent anatomiques), dessins et projets pour l’espace public. Elle pratique d’abord la peinture puis la tapisserie, dont elle subvertit bientôt le cadre artisanal et décoratif. À la croisée des disciplines, l’artiste joue de la combinaison de matériaux textiles et de techniques propres à la sculpture. Toutes ses créations procèdent du même questionnement : quelle est la place occupée par l’homme dans son environnement ?
Section 1 : Abakans
Le parcours se poursuit sur le cycle d’œuvres monumentales qu'Abakanowicz entame au milieu des années 1960 : les Abakans, de spectaculaires pièces textiles suspendues au plafond. Malgré une pénurie de matériaux, l’artiste tisse ces objets en fibres naturelles à l’aide de cordes et tissus de récupération pliés sous son lit. En 1969, la quatrième Biennale internationale de la tapisserie à Lausanne marque un tournant décisif : affranchi du support de la cimaise, l’Abakan rouge de 4 mètres de diamètre se déploie sous toutes ses coutures.
Flottantes et hors sol, les sculptures textiles des Abakans exhibent tout en dissimulant les « secrets » de leur nature. Riche de fentes, de replis, leur enveloppe tactile suscite toutes sortes d’analogies organiques : la chair écorcée du bois, la fourrure d’un animal, les lèvres ourlées d’un sexe féminin… Étroitement liée à la société dans laquelle vit l’artiste, la genèse des Abakans est un acte de résistance. L’espace qui les habite est littéralement cet asile politique où Abakanowicz renoue, avec « une rage contenue », le tissu d’un territoire et le fil d’une histoire.
Abakan orange, 1971, Magdalena Abakanowicz. Tate, Présenté anonymement, 2009. Photo: © Magdalena Abakanowicz
Section 2 : La condition humaine
Dans les années 1970, la pratique d'Abakanowicz s’ouvre à la figure humaine et adopte le principe de la sérialité, qu’elle développe avec Dos et Figures dansantes. À partir du moulage sur nature d’un corps, elle appose à l’intérieur du moule des bandes de toile de jute, solidifi ées avec de la résine et de la colle. Elle obtient une coque dont la texture rappelle la peau ou l’écorce. L’artiste répète ce processus mais individualise chaque nouvelle figure en créant des plis, des creux, en accentuant les coutures ou en rajoutant des cordes à la surface. La troisième partie de l’exposition se penche sur ces coques, sans identité, qui interrogent la présence et la disparition.
Section 3 : Métamorphoses organiques
La quatrième partie s’ouvre sur son installation emblématique Embryologie, dévoilée à la Biennale de Venise en 1980. Entre corps, matière organique et roche, ces cocons accumulés immergent le spectateur dans un lieu ambigu et hybride. Amas cellulaire observé au microscope, tissus, ou peaux… Embryologie immerge le regard dans le mystère du vivant.
Magistral contrepoint graphique à la série Embryologie, l’ensemble des Compositions est conçu en 1981. Sur la feuille posée à plat, animée d’un lent mouvement de rotation, l’encre s’épaissit, se circonscrit avant que l’artiste ne la disperse sur la réserve du papier par un lavis. Illustré de dessins et des reliefs Paysages, le parcours met l’accent sur la matérialité des œuvres d’Abakanowicz et sur son intérêt pour les métamorphoses.
Section 4 : Ensembles graphiques
Au début de sa carrière, Abakanowicz recourt ponctuellement au dessin pour représenter le monde végétal ou animal. À compter des années 1980, elle intensifie sa pratique de l’art graphique. La série au fusain des Mouches (1993-1994) transpose dans un format monumental l’observation de mouches mortes ou à l’état de pupe. Abakanowicz en agrandit le corps, comme sous l’oculaire d’un microscope, pour révéler leur structure. Loin d’une angoisse de la décomposition, l’artiste manifeste sa curiosité viscérale de la réalité organique.
Section 5 : Installations
On découvre ensuite dans les alvéoles bétonnées du musée les ensembles des Mutants et de La Foule V. Quand les Mutants occupent l’espace de manière indéterminée, le peuple anonyme et inquiétant de La Foule V matérialise la réflexion d’Abakanowicz sur « la foule agissant comme un organisme décervelé ». Du moulage sur nature d’un homme debout, les bras le long du corps, Abakanowicz tire un ensemble de figures. Ces séries intitulées Foules se succèdent de 1986 à 1997. La technique même, par compression de toiles de jute imbibées de résine dans un moule en plâtre, manifeste l’écrasement : l’individu se plie, littéralement, au moule. Privée de têtes, voire de bras, cette horde sans visage, que l’artiste élève comme « une barrière » entre elle et « tous ceux qui l’effraient », remplit une fonction conjuratoire.
Section 6 : Jeux de guerre
L’exposition s’achève sur le cycle de sculptures monumentales Jeux de guerre, composé d’énormes troncs d’arbres enserrés dans des cerceaux d'acier. Il fait écho à la puissance destructrice de la guerre. Abakanowicz réalise cette série entre 1987 et 1995, période qui voit se fissurer le régime communiste et l’instauration d’un nouvel ordre politique et social. L’oxymore déroutant du titre de la série des Jeux de guerre se retrouve dans une association de matériaux hétérogènes, où le caractère organique et cellulaire du bois s’oppose à la froideur du métal.
Informations pratiques
L'exposition est présentée du 20 novembre 2025 au 12 avril 2026 et ouverte du mardi au dimanche de 10h à 18h (dernière entrée 17h15).
Tarifs de l'exposition :
T.Plein : 12€
T.Réduit : 10€
Accès gratuit dans les collections permanentes.
Ophélie Ferlier Bouat
Directrice du musée Bourdelle
Jérôme Godeau
Historien de l'art
Avec la collaboration de Colin Lemoine
Historien de l'art
Assistés de Margaux Coïc
Assistante d'exposition
Marie Couraud
Responsable de la communication, du mécénat et de la valorisation des espaces
Alambret Communicatin
Hélène Jacquemin
museebourdelle@alambret.com
01 48 87 70 77
Fruit d’un travail de trois années, le projet bénéficie du soutien actif de la Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski (Varsovie), de l’Institut polonais et de l'Institut Adam Mickiewicz. Les principaux prêteurs sont la Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski de Varsovie, la Fondation Toms Pauli de Lausanne, le Musée central des Textiles de Lódź, la Tate Modern de Londres, le Musée national de Wrocław et le Musée d’art moderne de Paris.
En collaboration avec la Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski, Varsovie, Pologne
Avec le soutien de
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