Michel Dufet - La Vie féminine
Ramoneuses, mécaniciennes ou égoutières… Les couvertures de la revue La Vie Féminine imaginées par l’illustrateur Michel Dufet à partir de l’été 1917 mettent en avant la mobilisation des femmes tout au long de la Première Guerre mondiale. Au fil des exemplaires s’égrènent des représentations de femmes exerçant des métiers alors considérés comme masculins. Malgré un contexte anxiogène et difficile, la guerre offre à certaines femmes l’occasion de réinvestir le champ professionnel et de sortir du foyer familial dans lequel la société du 19e siècle les cantonnait. La Vie féminine multiplie articles et reportages patriotes destinés à aider les femmes pendant la guerre, en leur indiquant comment employer au mieux leurs efforts. Ils traitent autant de la vie des femmes dans les usines de guerre que du football féminin.
La revue est dirigée par la journaliste et autrice féministe Valentine Thomson, membre de l’Union française pour le Suffrage des Femmes, partisane dès 1914 du droit de vote, pour lequel elle organise des référendums sauvages. Après la guerre, elle fait partie des nombreuses femmes qui revendiquent le droit de vote – que les femmes françaises n’obtiennent que le 21 avril 1944, après bien d’autres pays.
En dessinant ces couvertures, Michel Dufet est-il conscient qu’il participe à la construction d’une iconographie de la première vague féministe français ? Malgré ces images qui précèdent la célèbre icône féministe de la Seconde Guerre mondiale de « Rosie la riveteuse », la Grande guerre maintient une division sexuelle très claire. Si les femmes prouvent qu’elles peuvent travailler en dehors du foyer, les hommes se tiennent toujours éloignés des tâches ménagères. Les congrès féministes du début du 20e siècle voient les militantes se constituer en acteurs politiques, mais leurs revendications concernant l’éducation restent limitées. L’enseignement ménager est jugé comme un apprentissage réservé aux filles, consolidant ainsi l’image d’une femme au foyer. La remise en cause des rôles attribués par la société est lente et peine à trouver une légitimité.
Suite du parcours "Nouveaux regards"
Suivez l’actualité du musée Bourdelle
Abonnez-vous à notre newsletter