Les Pommes
Cette petite peinture de Bourdelle est inspirée d’une photographie de sa première femme, Stéphanie van Parys, posant nue, un pied sur la banquette de l’atelier de peinture. Le cliché saisit un instant fugace lors duquel la jeune femme pose pour son compagnon et lui adresse un large sourire en se retournant. Cette photographie possède un statut complexe, à la croisée du travail créatif et de la vie privée. Si les modèles professionnels exercent dans de nombreux ateliers, ils sont néanmoins chers et hors de portée pour les jeunes artistes qui font régulièrement poser leurs compagnes et amantes. Les liens personnels se mêlent ainsi à la création. Cette activité fatigante et exigeante, réalisée gratuitement, est emblématique de la contribution invisible des femmes au travail de leurs époux dans la société du début du 20e siècle.
Bourdelle transcrit et transfigure la pose de sa compagne dans deux œuvres, une peinture et une sculpture. Il met ainsi à distance le modèle pour atteindre une dimension universelle ; ne reste que le corps d’un blanc laiteux s’élançant vers l’abime, dans une composition qui évoque les camaïeux bruns de Suzanne et les vieillards de Rembrandt ou de Pierre Paul Rubens.
Stéphanie van Parys n’est pas seulement la compagne, puis l’épouse et la muse de Bourdelle ; elle est également une artiste peintre spécialisée dans les natures mortes, comme en témoigne la toile accrochée au mur de l’atelier de peinture. Pendant des siècles, l’exclusion des femmes des cours de modèles nus – afin de leur éviter une prétendue indécence –, contraint une majorité d’entre elles à se tourner vers la peinture de genres considérés comme inférieurs, tels que la nature morte ou le portrait.
Cette ségrégation, construite dans le milieu académique, est utilisée ensuite par de nombreux critiques, toujours masculins, pour justifier une soi-disant inégalité innée des talents entre hommes et femmes.
Suite du parcours "Nouveaux regards"
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