Dragon cuirassier
Avec cette tête de Dragon cuirassier destinée au Monument aux combattants de Montauban, Bourdelle accomplit une rare fusion du masculin et du féminin. Ce masque aux traits fins et à l’expression particulièrement dure est inspiré du visage d’Henriette Vaïsse-Cibiel, une jeune aristocrate de la région de Montauban, cousine d’un ami de Bourdelle. Pris de passion, Bourdelle lui dédie de nombreux poèmes entre 1897 et 1898. Le visage d’Henriette Vaïsse-Cibiel est transformé par Bourdelle en une tête androgyne, qui contraste avec les attendus de la virilité martiale de cette fin de siècle. Bourdelle rebaptise l’être aimé « Henriette Minerve », en hommage à la déesse de la guerre. Il lui écrit : « Le piquant de cette œuvre qui émeut ceux qui la voient, c’est qu’elle est inspirée du plus haut, du plus pur sentiment et de la plus douce admiration pour vous ».
Un second glissement entre masculin et féminin est opéré par Bourdelle au cœur du Monument aux combattants. Au fil de ses études, Bourdelle remplace le soldat sommital par une allégorie sensuelle de la France, pour laquelle pose une modèle appelée Angèle. Le visage est inspiré de Stéphanie Van Parys, compagne et bientôt épouse de Bourdelle : « la tête de la patrie […] vient beaucoup de toi », lui écrit-il.
Le Monument jette ainsi les fondements d’une méthode prisée par Bourdelle : l’association d’éléments masculins et féminins dans un même corps. Une affirmation que les vertus, incarnations d’idées et non de corps réels, n’ont pas de genre, dans la lignée des allégories sculptées de Michel-Ange pour la chapelle des Médicis, à Florence.
Suite du parcours "Nouveaux regards"
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