Léda repoussant le cygne

Dans la mythologie, Léda est mariée à Tyndare, ancien roi de Sparte. La déesse Aphrodite, insultée par Tyndare, venge cet affront en offrant Léda au dieu Jupiter : la déesse de l’amour conduit vers la jeune femme le dieu métamorphosé en cygne, qui s’abat sur elle.

Le thème de Léda et le cygne apparaît dès l’Antiquité dans les Métamorphoses d’Ovide. Il est prisé par les artistes de la Renaissance italienne, comme Léonard de Vinci, Michel-Ange, ou encore Le Corrège. Au 19e siècle, ce thème est toujours traité avec un érotisme manifeste, qui ignore la brutalité du viol au profit d’un accord formel entre les lignes sinueuses du cygne et celles du corps féminin. Seules quelques représentations, comme un dessin de Théodore Géricault, expriment la répulsion de Léda. Emprunté à la rhétorique des scènes de viol ou de rapt, le mouvement de rejet est manifeste dans ces deux esquisses peintes sur ciment de Bourdelle pour les fresques du Théâtre des Champs-Elysées. Léda repousse de ses deux bras avancés le cygne prêt à lui donner un baiser. Si la douceur des coloris adoucit la brutalité de l’acte, le sujet est sans équivoque : une femme se débat pour échapper à son prédateur.

Dans son article L’art du viol, le conservateur Régis Michel analyse les iconographies traditionnelles de l’art occidental dans des descriptions glaciales issues d’un lexique juridique, permettant d’identifier la dimension problématique de certaines iconographies. Sous le dessin de Léda par Michel-Ange, il écrit : « viol avec circonstances aggravantes (zoophilie active dite aussi bestialité) ». En substituant à l’analyse esthétique la violence des mots, la démarche de Régis Michel est volontairement provocante : elle met en évidence la violence sexuelle légitimée par le mythe de Léda pendant des siècles.



Suite du parcours "Nouveaux regards"

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