Le Fruit

Le Fruit est une œuvre majeure d’Antoine Bourdelle. Qualifiée d’« Ève païenne » par un critique, elle offre des pommes, symboles du péché originel. La déformation serpentine du corps simplifié à l’extrême est soulignée par un fort contrapposto, un hanchement prononcé emprunté aux chefs-d’œuvre de la sculpture antique. En tournant autour de ce corps dénudé, tous les fruits que la jeune femme semble offrir, réels ou figurés, se découvrent. De l’aveu même des contemporains, l’œuvre éveille le désir masculin. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine concupiscence que l’écrivain Charles Bernard décrit cette œuvre « […] si séduisante, dans sa gracilité juteuse et qui fait tourner sur un large bassin un torse de vierge avec une grâce de serpent ! » À sa suite, l’écrivain André Fontainas considère que cette œuvre provoque le désir de l’homme pour le corps féminin, mais un désir inoffensif, « d’une vigueur si saine qu’[il] s’adresse surtout à la pensée ». 

Quel est ce vêtement, placé sur la stèle sur laquelle la femme prend appui ? N’est-ce pas son habit, que le modèle, posant pour l’artiste, a laissé de côté ? Bourdelle travaille régulièrement d’après modèle vivant, mais nous ne connaissons pas le ou les modèles qui ont posé pour le Fruit. Contrairement à d’autres artistes de l’époque, Bourdelle a conscience de la pénibilité des longues séances de pose, qu’il tente souvent d’abréger. Il aurait même prononcé cette phrase, non sans humour : « Vous pouvez vous reposer, Mademoiselle, mais je vous demanderai de ne pas partir, car j’aurai peut-être besoin de vous dans un instant. Quels tyrans, n’est-ce pas, ces artistes ? »



Suite du parcours "Nouveaux regards"

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