Femme sculpteur au travail
Jusqu’à la fin du 19e siècle, la sculpture – art salissant, physique et technique –, était considéré comme un art ne pouvant être pratiqué que par des hommes, à de très rares exceptions près. La représentation de sculptrices est donc particulièrement inhabituelle. Alors qu’elle est encore l’élève de Bourdelle, Cléopâtre Sévastos devient le modèle de trois œuvres qui affirment son statut de sculptrice : Femme sculpteur au repos, Femme sculpteur au travail et Femme au compas. Conçues comme une série, ces variations dévoilent trois moments successifs de la création et des outils associés : maillet ou massette, pointe et compas. Loin de cantonner Cléopâtre Sévastos à un rôle de muse, Bourdelle signe une œuvre où la jeune femme engage son corps et affirme le geste puissant de la création par ses bras largement ouverts. Pas d’allégorie, ni de mythe : aucune ambigüité sur l’identité de la jeune femme, dont on reconnait les cheveux tressés et le vêtement, un large châle tricoté blanc qu’elle porte pour dégrossir le marbre.
Cléopâtre Sévastos apprend la sculpture auprès de Bourdelle, mais seul subsiste un plâtre de 1909 représentant Stéphanie van Parys en Briséis pensive. Elle expose seulement deux sculptures au Salon d’Automne de 1909, avant de mettre dès l’année suivante sa carrière de côté pour se mettre au service du maître, qu’elle épouse en 1912.
Ces sculptures de Cléopâtre Sévastos au travail célèbrent-elles réellement une artiste accomplie ? C’est probablement moins l’artiste que la praticienne, assistant Bourdelle dans la taille de ses marbres, qui est figurée. Bourdelle était conscient du dévouement de sa femme, alors largement considéré comme allant de soi. Il salue son abnégation dans son testament : « Moi […] Bourdelle / Je dois à ma femme Cléopâtra […] d’avoir pu agrandir durant des années mon œuvre d’artiste – et une vie heureuse… ».
Suite du parcours "Nouveaux regards"
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