Peintures

« J’ai été longtemps un instinctif […] j’ai lu, j’ai écrit, j’ai peint, j’ai sculpté. »
(Varenne, Bourdelle par lui-même, p.204)

Pan méconnu de l’œuvre de Bourdelle, la peinture doit être placée au rang des multiples manifestations de sa créativité. Sans être un peintre prolifique, Bourdelle s’adonne à la peinture tout au long de sa vie, de sa prime jeunesse jusqu’à ses dernières années, et lui accorde une véritable place au sein de sa production artistique en choisissant d’exposer des toiles de son vivant, lors notamment d’une exposition à la Closerie des Lilas en 1889 ou lors de sa rétrospective à la galerie Hébrard en 1905. Contrairement aux pastels, qui lui assurent un pécule pour financer la fonte de ses bronzes, la peinture ne fait pas l’objet de commandes : « Je ne peins pour personne en dehors de mes pastels » écrit-il à Henri de Bideran. Lorsqu’il se prête à l’exercice– et la chose est rare – il vend sa peinture (horriblement cher).
Au même titre que le dessin ou le pastel, la peinture offre la possibilité au sculpteur de poursuivre ses expérimentations sur la couleur. Si ses portraits sont marqués par une veine naturaliste au début des années 1880 « qui rappelle de loin la première manière de Manet » (Gaston Varenne), les petits formats des années 1890 déclinent la silhouette de Marie Laprade, arborant un chapeau et tenant une ombrelle, dans une veine impressionniste rappelant certaines études contemporaines de Claude Monet. Sa touche évolue à partir de 1900, avec un penchant assumé pour une couleur appliquée en larges pâtes sombres, de manière à construire le motif en facettes dans une technique proche de celle de Paul Cézanne. Fidèle au discours qu’il tient sur l’ensemble de son œuvre, Bourdelle considère qu’il « bâtit » ses toiles à la manière d’un artiste-architecte. À partir de 1913, il se lance dans un des grands défis de sa carrière, avec l’important chantier des peintures murales de l’atrium du théâtre des Champs-Élysées, pour lequel il troque la peinture de chevalet pour la technique si particulière de la fresque. 
On lui connaît peu de réalisations entre 1914 et les années 1920 ; 
il faut attendre 1925 pour qu’il reprenne le pinceau afin d’esquisser quelques portraits
des femmes de son entourage (Irene Millett, Fanny Bunand…), parfois inachevés.
Contrairement au monde mythologique de dessins et sculptures, la peinture de Bourdelle démontre un attachement strict à la réalité du quotidien : portraits d’amis, de membres de sa famille, paysages alpestres ou natures mortes étonnantes, où poupées et jouets semblent s’animer. De ses peintures, dont la qualité est parfois inégale, Bourdelle avoue qu’elles jouent un rôle dans la création de sa sculpture – de la même manière dont il dit s’être inspiré de sa pratique du pastel pour la délicatesse du modelé de certaines de ses têtes sculptées. Gaston Varenne résume bien cet attachement de Bourdelle à l’ensemble de ses pratiques artistiques, écrivant qu’il eut recours à ces expérimentations afin d’« apaiser son incessant tourment de création ».

Autoportrait de jeunesse au chapeau noir

Emile Antoine BOURDELLE • s.d. • Domaine public

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